mercredi 7 novembre 2018

De la question des "Lobbyies"

Dans son ouvrage "Le prix de l'inégalité" Joseph E.Stiglitz (Ed.LLL, ISBN#978-2-918597-99-5), à la page 151, indique qu'aux USA, 3.100 lobbyistes travaillent pour le secteur de la santé, soit 6 lobbyistes par parlementaire. Le budget Lobby s'élèvait à 3,2 milliards de $ en 2011. Le but selon l'auteur est la recherche de rente. 



Dans le vocabulaire hôtelier, le terme lobby fait référence au hall d'accueil d'un établissement hôtelier. Pour ce qui nous concerne, il est un des lieux discret et anonyme où se déroulent les "cheap talks" des ajustements mutuels. Le terme « Lobbies » est selon moi un terme « valise » qui regroupe des réalités différentes d’influenceurs et de prescripteurs auprès d’un législateur. Le lobbying est un ensemble d'actions d'influence et de pression menées par un lobby pour défendre ses intérêts face à des institutions ou individus pouvant prendre des décisions qui pourraient l'affecter. Que ces réalités sont aussi variables d’un continent à l’autre, aux USA, les « lobbies » sont déclarés, patentés et leurs travaux rendus publics par la réglementation (ce qui explique la précision des données de J.Stiglitz). En Europe, les lobbies semblent opérer en « zone grise », au plan national ou européen. 

En France une enquête récente, dévoilée par le site Basta Mag pourrait s'apparenter à des "pharma papers". Elle indique que les laboratoires pharmaceutiques auraient depuis 2012 dépensé 3,5 milliards d'euros pour tisser 14 millions de liens d'intérêts avec des professionnels de santé. Pour autant, cela ne permet pas de parler de corruption mais plutôt de liens d'intérêts qui peuvent devenir des conflits d'intérêts "sous pression d'influence" .

Il apparaît, toujours dans cette enquête, que 19 % des députés français membres de la commission des affaires sociales de l'assemblée nationale auraient des liens actuels ou historiques avec l'industrie de santé. (source France Culture, en partenariat avec EurosForDocs, Bresta Mag et l'observatoire des multinationales ; https://www.bastamag.net/Les-Pharma-Papers-tout-ce-que-les-labos-pharmaceutiques-voudraient-vous-cacher)

Enfin, la nature des lobbies, et leurs positionnement intellectuel est différenciant. Que le but vertueux d’un « lobby » serait de fournir au législateur (dont les compétences ne sont pas toujours celle de l’Art qu’il réglemente) des compléments indispensables à la bonne rédaction d’un texte de Loi, ou une Directive. Il se fait que nombre des « lobbies » sont des représentants de consortia industriels alors qu’en l’espèce, une ONG se veut être l’émanation d’une voix citoyenne qui donne au législateur un point de vue « non rival » et « non commercial » de la matière qu’il légifère. 

Au total, les ONG seraient des « lobbies » à part entière, mais dont l’origine, le but et la position, les distinguent des « lobbies » industriels. En cela ils peuvent constituer un contrepoids citoyen dans l’édiction des normes et donc agir sur l’institution. Ce sujet fut abordé au sein de la communauté épistémique Intelligence in Life en 2017-2018 : « place des ONG dans la gouvernance globale et le multilatéralisme » par Nour-Eddine Bellabas, enseignant en droit constitutionnel à la faculté de droit de Montpellier.

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